Les coopérations acteurs - chercheurs, l'exemple de la qualité de l'eau en Bretagne


Pour + d'infos : télécharger le rapport du Collège Coopératif en Bretagne "Les coopérations acteurs - chercheurs, l'exemple de la qualité de l'eau en Bretagne".



D’une manière générale, la littérature montre que tout acteur est détenteur de savoirs et que c’est la mise en débat des connaissances scientifiques qui permet de cheminer vers une prise de décision.


Il est important de dépasser la notion de « science vérité » et de s’approprier l’incertitude entourant les résultats scientifiques en lien avec les outils de mesure, les modèles, …


L’appropriation des connaissances scientifiques constitue un processus qui passe par cette mise en débat.


Cependant la littérature montre la complexité du dialogue et de la mutualisation avec parfois un désaccord entre les connaissances scientifiques et l’expérience portée par les acteurs de terrain.


Malgré le fait que la gestion de l'eau soit encore très marquée par un mode de gestion technique il s’agit d’un terrain fécond pour les pratiques de co-construction, étant donné la nécessité d’aborder la gestion de l’eau sous forme intégrée en la conjuguant notamment avec d’autres approches du territoire (économiques, sociales). La gestion de l’eau ne peut être traitée sans une négociation.


Les acteurs de la gestion intégrée de l’eau doivent composer avec deux dimensions : d’une part, la gestion efficace de la ressource avec une obligation de résultat et d’autre part, la gouvernance territoriale basée sur la concertation. Cette première dimension prend généralement appui sur des connaissances scientifiques validées. La seconde dimension quant à elle se construit dans l’action. Ainsi, les connaissances pourraient utilement être mobilisées pour aider les acteurs en interaction à anticiper « ce qui devrait être » plutôt qu’être mobilisées pour dire « ce qui est ».






Trois territoires de SAGE ont été identifiés pour éclairer la diversité des relations et des représentations qui structurent aujourd’hui des coopérations entre acteurs et chercheurs dans la gestion intégrée de l’eau en Bretagne : le SAGE Vilaine, le SAGE Elorn et le SAGE de l’Odet.


Les liens noués entre les acteurs territoriaux et les chercheurs restent relativement territorialisés et limités. Ils privilégient le plus souvent la proximité et les rapports d’interconnaissances personnelles qui se sont développés entre les scientifiques et les animateurs.


Ces coopérations doivent répondre à deux enjeux majeurs, que sont la diversité des approches et logiques d’action des scientifiques (recherche fondamentale / recherche appliquée) et les différences de temporalités entre la décision politique et le temps de la recherche.


Les sujets de collaboration (entre les acteurs territoriaux et les chercheurs) portent principalement sur :

> Les données : les enjeux de leur centralisation, leur organisation et leur accessibilité sont abordés de manière récurrente par les deux types d’acteurs.

> Les protocoles méthodologiques pour l’élaboration des données en réponse à des questionnements localisés : les enjeux sont ici la rigueur d’application des démarches, ainsi que les réflexions sur celles-ci.

> L’expérimentation partagée pour s’approprier la méthode scientifique et sa rigueur.



Concernant les interfaces entre science et politiques publiques, le rapport fait le constat que ces relations sont compliquées.


Les travaux scientifiques sont relayés auprès des élus par le travail d’interface des animateurs, qui jouent le rôle de médiateurs scientifiques. Ces travaux irriguent la réflexion mais ils subissent souvent un travail de synthèse qui limite la dynamique de construction et de réflexion scientifique, qui reste alors une « boîte noire ».


L’expérience d’une participation des scientifiques aux débats des CLE est souvent une source de désillusion pour le scientifique (car il peut y avoir une manipulation des argumentaires scientifiques, un brouillage d’image et un sentiment de ne pas être entendu, le scientifique étant suspecté soit de partialité, soit de vouloir accaparer le débat publique au nom de l’expertise) et pour les acteurs de la CLE qui posent la question de la place du scientifique dans la CLE


Ce qui est en jeu du côté de la CLE c’est bien l’accès à des sources de connaissances mais dans leur diversité, le débat et la décision publique n’étant pas uniquement basés sur la connaissance scientifique. Elle reste dans les faits, placée sous l’autorité des enjeux économiques et politiques. Les scientifiques sont par conséquent assez désillusionnés sur la capacité de la recherche à peser sur le débat public.


En conclusion, certains types de transferts descendant n’apparaissent pas pertinents. Il existe un véritable enjeu à travailler sur de meilleures coopérations acteurs-chercheurs. Les propositions suivantes peuvent être formulées en ce sens :

> L’expérimentation sur des territoires est une forme de collaboration qui peut permettre une meilleure appropriation des connaissances : des territoires travaillent déjà avec des chercheurs sous des formes singulières, moins académiques, à l’appropriation sociale des sciences (Eco-flux, l’association CAP 2000, l’inventaire participatif des zones humides, ….)

> Il paraît fondamental dans les coopérations acteurs – chercheurs de développer toute une pédagogie autour du doute et de l’incertitude. Il ne faut pas que cela entraîne une certaine inertie sur le terrain, mais au contraire, il faut que cette pédagogie incite les décideurs à être encore plus actifs dans la concertation pour prendre des décisions, qui ne peuvent qu’en partie être alimentées par des connaissances ou outils scientifiques.

La modélisation d'accompagnement pour mettre en débat les connaissances et accompagner la concertation sur les territoires ?


Suite à la présentation du kit Wat-A-Game lors du Carrefour des Gestions Locales de l'Eau (http://www.watagame.info/cseb), une formation d'une journée a été proposée conjointement par le CSEB (Conseil Scientifique de l'Environnement en Bretagne) et le Creseb.


Des animateurs de SAGE/BV, des techniciens des chambres d'agriculture et des bénévoles d'associations ont notamment participé à cette journée et semblaient s'accorder sur l'intérêt que pourrait présenter un tel outil adapté au contexte Breton.


Wat-A-Game (WAG – http://watagame.info) est un kit méthodes / outils, conçu pour appuyer des processus de gestion et de gouvernance de l'eau en associant décideurs, techniciens et le public, ou pour conduire des processus pédagogiques. WAG permet aux acteurs de construire des modèles de leur situation, puis de les explorer au cours de jeux de rôle pour concevoir et mettre en œuvre de nouvelles stratégies ou plans de gestion. WAG peut également simplement contribuer à l’éducation ou à la sensibilisation quant aux liens entre activités et qualité d'eau.


Dans le cadre du Creseb, il est envisagé, dans un premier temps au travers d'un stage, de construire un outil adapté au contexte breton pour représenter, puis simuler et discuter différentes configurations d’activités agricoles et de structures agro-paysagères en Bretagne, avec leurs impacts sur l’eau. Il ne s’agirait pas, conformément au cadre WAG général, de construire un modèle quantitatif calibré, apte à prédire des effets, mais de pouvoir comparer différentiellement des options d’action et d’organisation. L’outil élaboré constituerait un support de discussion et de mise en débat des connaissances.


A suivre ...

PROJET GAETAN « Les fonctions des zones tampons comme enjeux de gouvernance des territoires : articulation entre connaissances et théorie d’action »

L’équipe de chercheurs en sciences sociales de l’AScA a conduit ce projet en partenariat avec l’Inra, Agrocampus Ouest Rennes et le comité de bassin de la Lieue de Grève. L’objectif était de comprendre comment la recherche s’inscrit dans une politique environnementale à l’échelle d’un territoire. Pour ce faire, les interactions entre scientifiques et gestionnaires de zones tampons sur le Yar ont été étudiées.


Rapport INRA-Onema : La mise en réseau des observatoires agro-hydrologiques pour la construction de mesures de gestion vis-à-vis des pollutions difffuses


En décembre 2012, l'INRA et l'Onema ont également fait paraître un rapport sur la mise en réseau des observatoires agro-hydrologiques pour la construction de mesures de gestion vis-à-vis des pollutions diffuses.


Cette étude propose une mise à plat du paysage très diversifiée des observatoires de recherche centrés sur les hydrosystèmes, en particulier des observatoires agro-hydrologiques, une mise en perspective historique de ces observatoires, mais aussi une analyse des tentatives de mise en réseau de ces observatoires. Quelques éléments d’analyse des caractéristiques des observatoires hydrologiques sont également proposés, notamment relatifs à leur diversité d’objectifs (en lien avec le donneur d’ordre et les financeurs), à leurs philosophies de mise à disposition des données et à la nature de leur relation avec les acteurs et gestionnaires de l’eau, qui nous intéresse particulièrement ici.

Pour + d'infos : téléchargez le rapport INRA - Onema