Journée d'échange "Agriculture à très basses fuites d'azote" - 31 mars 2016 à Langueux

 

Dans le cadre du Plan Algues Vertes, des expérimentations qui visent à la mise en place de solutions « basses fuites d’azote » ont été conduites (liste des expérimentations http://www.draaf.bretagne.agriculture.gouv.fr/La-declinaison-du-plan-dans-les). La DRAAF et la Région ont décidé d’assurer le transfert des connaissances issues de ces expérimentations en mobilisant le Creseb. Cela s’est traduit par l’organisation d’une journée le 31 mars 2016 qui vise à valoriser les connaissances acquises dans le cadre de ces expérimentations, de présenter et de mettre en débat les connaissances acquises au travers de ces expérimentations et d’autres résultats scientifiques et techniques reliant pratiques agricoles et fuites d’azote.

 

 

Cette journée a permis d’actualiser et de poursuivre le transfert de connaissances en lien avec ce sujet, par exemple, des travaux initiés par le CSEB au cours duquel des fiches décrivant le fonctionnement des bassins versant ont été construites (http://www.cseb-bretagne.fr/index.php/fiches-outils/fonctionnement-des-bassins-versants-suivi-de-la-qualite-de-l-eau.html) . 

 

En 2006, Ferchaud et al. ont publié, dans le cadre du programme PROLITTORAL et d’un travail réalisé par Agrocampus et le CEVA qui fait une synthèse des références utilisables dans le contexte breton en matière de pratiques agricoles et fuites de nitrates (http://www.creseb.fr/index.php?option=com_remository&Itemid=200064&func=startdown&id=273)

 

Les connaissances sur les flux d’azote, sur les liens entre pratiques agricoles et fuites d’azote sont aujourd’hui très nombreuses. Il existe en effet de nombreux travaux de recherche appliquée visant à modéliser ou à mesurer les impacts en milieu rural des pratiques et des changements de pratiques sur les flux d’azote. Une synthèse de ces connaissances a été réalisée par le Creseb, au travers d’un guide comprenant 15 fiches (partie 1 - partie 2) qui décrivent :

> les flux d’azote dans les différentes filières d’élevage et les leviers permettant de réduire ces flux ;

> les flux d’azote en prairie

> les flux d’azote associés à la culture des légumes

> l’impact des structures paysagères, notamment l’effet tampon, sur les flux d’azote…..

 

Ces connaissances scientifiques ont pu être complétées par des expérimentations conduites par les instituts techniques qui font régulièrement état des avancées de leurs travaux (Chambre régionale d’agriculture de Bretagne. Bilan intermédiaire des expérimentations systèmes très basse fuite d’azote Chambre régionale d’agriculture de Bretagne, Arvalis Institut du végétal, INRA Agrocampus ouest. 30 ans de références pour comprendre et limiter les fuites d’azote à la parcelle).

 

Cependant, les connaissances évoluent régulièrement au fur et à mesure que des expérimentations sont conduites et des avancées de la recherche (validation/confrontation des travaux de modélisation à des mesures), mais aussi au fur et à mesure que sur les territoires, les questions posées se précisent ou tout simplement évoluent.

 

La journée a réuni près de 100 participants et était animée par Philippe Desnos (TRAME).

 

En matinée, des interventions étaient programmées autour de 3 thèmes : fertilisation, couverts végétaux, et prairies.

 

Daniel Hanocq (Chambre Régionale d’Agriculture de Bretagne) a abordé le thème de la fertilisation au travers des résultats des campagnes de mesures de reliquats azotés. Les reliquats début drainage mesurent les quantités d’azote présentes dans le sol après les récoltes et lorsque la période de drainage débute. La mesure des reliquats permet ainsi de mesurer le risque de lessivage de nitrates en direction des cours d’eau et donne des indications relatives aux pratiques de fertilisation. En complément de l’intervention de Daniel, on peut se référer au rapport publié par la DRAAF qui livre les principaux enseignements des mesures de reliquats effectués depuis 2011. http://www.draaf.bretagne.agriculture.gouv.fr/Les-reliquats-d-azote-des. Une des questions qui ressort à l’issue de cette présentation porte sur la portée de l’outil reliquat en tant qu’outil d’aide au conseil en matière de fertilisation.

 

[> diaporama présentation] 

 

       

 

Bertrand Lhotellier, agriculteur dans les Côtes d’Armor, a présenté l’évolution de ses pratiques au cours de sa carrière ; optimisation des intrants et de la valorisation de l’azote organique, arrêt du labour….

Son intervention insiste sur le caractère progressif de la démarche et l’inscription de cette démarche dans une approche systémique, c'est-à-dire le fait qu’une action sur un compartiment aura nécessairement des conséquences sur la gestion de l’exploitation. Par exemple, en même temps que l’on cherche à maîtriser la fertilisation azotée, on va aussi tendre vers une meilleure valorisation de l’azote organique.

 

[> diaporama présentation]   

      

 

Echanges avec la salle        

 

 

Bertrant Decoopman a ensuite abordé les couverts végétaux et démontré l’intérêt qu’ils représentent pour limiter le  risque de lessivage de nitrates. Stéphanie Floch (Chambre Régionale d’Agriculture de Bretagne) et Jean-Philippe Turlin (Chambre Régionale d’Agriculture de Bretagne) ont ensuite abordé deux cas particuliers ; celui des couvertes courts (entre deux céréales) et celui des couverts permanents (à base de trèfle blanc). Tous deux ont évoqué les atouts respectifs des deux types de couverts, à la fois du point de vue des fuites d’azote, mais aussi sur le plan agronomique (vie du sol notamment). Leurs interventions ont aussi souligné les contraintes et les coûts liés à l’implantation de couverts et soulignent aussi le besoin de valorisation économique des couverts. Sur ce sujet, une expertise collective a été publiée sur le site de l’INRA. Elle s’intitule « Réduire les fuites de nitrate au moyen de cultures intermédiaires : conséquences sur les bilans d’eau et d’azote, autres services écosystémiques ». Au-delà des effets des cultures intermédiaires sur les fuites d’azote, le travail met en évidence un certain nombre d’aspects positifs liés à l’implantation des couverts végétaux (stockage de carbone, lutte contre l’érosion). http://www6.paris.inra.fr/depe/Projets/Cultures-Intermediaires

 

[> diaporama présentation B. Decoopman]

 


 

[> diaporama présentation S. Floc'h]

 

 

 

[> diaporama présentation JP Turlin]

 

 


 

Echanges avec la salle

 


 

 

Le thème de la prairie était ensuite abordé par Françoise Vertès (INRA UMR SAS). Son intervention a montré que les prairies peuvent être, selon le mode de gestion, à la fois des puits ou des sources de polluants, dont l’azote. Pour refléter cette relation entre mode de gestion et risques de lessivage, on peut prendre des indicateurs « intégratifs », comme le mode de chargement qui correspond à un ratio entre les surfaces utilisées et l’effectif moyen d’animaux présents sur ces parcelles (exprimé en Unité Gros Bovin). Ainsi, le risque de lessivage de nitrates augmente proportionnellement au niveau de chargement. Au-delà de ce seuil, les risques de lessivages de nitrates augmentent de façon exponentielle. Finalement, elle rappelle que pour limiter les fuites d’azote en système prairial, la fertilisation et le chargement animal doivent être adaptés. Il existe également des outils d’aide à la décision pour gérer au mieux les prairies (Graztool ; HerbEvol).

 

[> diaporama présentation]

 

 

François Leray du CEDAPA a ensuite relaté le parcours d’un agriculteur en cours de transition vers un système herbager.

 

[> diaporama présentation]

 

 

 

Echanges avec la salle

 


 

 

Des travaux d’ateliers

 

 

 

Les travaux d’atelier avaient pour objectif de débattre des solutions « basses fuites d’azote » présentées en matinée, au travers de l’identification des freins et leviers à la mise en place de ces solutions. Ils avaient aussi pour objectif d’aboutir collectivement à la rédaction de propositions d’actions (pour lever les freins/maximiser l’impact des leviers) sur chacun des thèmes abordés lors de la matinée.

 

 

6 groupes ont été constitués. La méthode utilisée était inspirée du « world café ». Autrement dit, chaque groupe s’appuyait sur les travaux des autres ; traitait chacun des 3 sujets (fertilisation, couverts, prairies) mais au cours d’étapes distinctes. Par exemple, lors du premier temps, les personnes travaillant sur la fertilisation étaient amenées à identifier les freins et les leviers permettant de maîtriser les fuites d’azote liées à la fertilisation. Dans ce même temps, un autre groupe travaillait sur les couverts et un autre sur les prairies. Dans un second temps, les groupes ont changé de sujet, mais étaient amenés à compléter ce qu’avaient fait les groupes précédent. Enfin, un troisième temps était consacré à la rédaction de propositions. Là encore, les groupes avaient changé de sujet.

 

 

Les travaux de ces groupes sont représentés ci-dessous. Les travaux sont rapportés tels qu’ils ont été écrits par les groupes et n’ont pas fait l’objet de reformulations.

 

 

Atelier fertilisation

Atelier couverts végétaux

Atelier prairies

 

 

 

 

Echange Patrick Durand-Philippe Desnos

 

 

Cet échange a conclu la journée.

 

Un des aspects qui ressort fortement de cet échange, des discussions et interventions de la journée, est la nécessité de sortir des approches « parcellisées » pour aller vers des approches « systèmes » et des réflexions globales. Ceci semble traduire un changement d’approche dans la mesure où l’approche relative aux fuites d’azote a longtemps reposé sur des mesures que l’on pourrait qualitfier de parcellisées, tendant à améliorer l’efficacité des pratiques, sans nécessairement en appréhender les effets systémiques.

 

 

Dans ce contexte marqué par une plus grande complexité, la recherche est appelée à produire des connaissances vers des nouveaux systèmes agroécologiques. Il s’agit aussi de développer des outils d’évaluation multicritères des systèmes en mobilisant les acteurs de terrain dans des travaux de co-construction.

 

 

Les services écosystémiques pourraient être intégrés à ces indicateurs, même si cela pose des challenges scientifiques majeurs, y compris faisant appel aux sciences économiques (notion de consentement à payer). Des expériences ont déjà été conduites (exemple de Vittel ; d’autres exemples sont décrits dans un rapport téléchargeable à l’adresse suivante : http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/documents/pdf/201105_Externalites_Agriculture_Final-1.pdf)